AUTRE TEMPS, AUTRES MŒURS
Qu'est-ce que le bonheur ?
Ma mère découpait le poulet, cassait les œufs et beurrait le pain sur la même planche, avec le même couteau.
Pas de javel, pas de gants. Et pourtant… personne n’a jamais fait d’intoxication alimentaire.
Nos sandwichs d’école étaient enveloppés dans du papier aluminium ou du papier sulfurisé, puis glissés dans un sac en papier brun.
Pas de boîte isotherme, pas de pain de glace. Et pourtant, on allait très bien.
On passait nos journées dehors.
À courir, grimper aux arbres, plonger dans le lac ou la rivière.
Pas de piscine ultra-surveillée, pas de maître-nageur au sifflet.
On rentrait avec les genoux écorchés, le visage couvert de poussière… et un sourire immense.
À l’école, les classes comptaient 30 ou 40 élèves.
Un tableau noir.
Un instituteur respecté.
On apprenait à lire, écrire et compter sans tablette, sans écran, sans IA.
On récitait les poésies par cœur, on chantait la Marseillaise sans polémique, et quand on faisait une bêtise…
on était puni.
Pas traumatisé.
Puni.
Et ça nous apprenait le respect.
On n’avait pas de baskets à 150 €, ni de cartables dernier cri à roulettes.
Juste des chaussures solides et une trousse en métal cabossée.
On jouait à chat perché, à 1,2,3 soleil.
On faisait du vélo sans casque.
Et le soir, on rentrait quand les lampadaires s’allumaient.
Pas de montre connectée…
mais on savait lire l’heure dans le ciel.
Quand on se blessait, maman sortait l’eau oxygénée ou l’alcool à 90.
Ça piquait, on pleurait un peu…
et on repartait jouer.
Pas d’hôpital.
Pas d’avocat.
Pas de drame.
On n’avait pas besoin de “temps calme” ni de “gestion des émotions”.
On apprenait la vie, tout simplement.
Pas 300 chaînes à la télé.
Pas Internet.
Pas de téléphone portable.
Mais les copains du quartier.
Les rires dans la rue.
Les glaces à 5 francs.
Les étés qui semblaient ne jamais finir.
Les soirées chez les grands-parents à écouter les histoires d’autrefois.
Et malgré tout ça —
ou peut-être grâce à tout ça —
on a grandi.
Débrouillards.
Solides.
Respectueux.
Heureux.
Alors oui, on peut le dire :
on a survécu.
Et surtout… on a vécu.